mercredi, septembre 21, 2016

Commentaire composé d'un abruti à Luc Ferry, qui comprendra sans doute

Luc Ferry vient de jeter une benne de pavés dans votre baignoire, c’est au-delà du scandaleux, c’est jouissif, c’est incompréhensible mais le plus important, c’est publié. Merci Le Figaro, qui trouve que c’est de bonne guerre de se foutre de la gueule aussi bien de ses lecteurs que de ses chroniqueurs en leur permettant une exposition médiatique maximum, avec ce genre de vomi remâché et revomi et regobé par Luc Ferry. Lui non plus n’est plus à une imposture près avec celle de philosophe, celle de ministre, celle de professeur et il serait presque permis de dire d’écrivain quand on publie son autobiographie intitulée « L’Anticonformiste : une autobiographie intellectuelle », haut les cœurs. Notons le « A » à anticonformiste, devenu nom propre lorsqu’il prétend qualifier Luc Ferry, notons le « intellectuelle » apposé à autobiographie pour les autres connards qui font seulement une autobiographie de connard écrite avec les pieds dans les chiottes. Je me permets de préciser que cette « autobiographie intellectuelle » se présente finalement sous la forme d’entretiens : il n’a donc rien écrit, quelqu’un est venu enregistrer ses éructations entre le brossage de dents, le café et le caca du matin.
Rappelons afin de dégager Luc Ferry de toute responsabilité déplacée que, pendant qu’il occupait paisiblement son fauteuil ministériel, l’attribution des Sports était séparée de celle de la Jeunesse. On peut donc avancer maintenant sans grande crainte de se tromper qu’il a dû expressément demander au Premier Ministre de l’époque de ne pas se voir affubler d’un tel domaine de compétence, lui l’élite ne pouvant décemment pas s’occuper de cette fonction et gérer des prolos, des palefreniers et – merde disons-le clairement – des abrutis, oui des abrutis, des gros cons et des grosses connes, des décérébrés, des butors, des putains d’abrutis qui n’ont pas fait de prépa, des finis à la pisse, des bercés près du mur, mais oui, décomplexons l’échec scolaire par la place trop grande donnée aux sports, aux sportifs, aux médias qui en font des sujets, aux journalistes tout aussi cons, aux spectateurs encore plus cons parce qu’au final ce sont les seuls à payer tout ce petit monde. Lâchons-nous, nous les grands, et lâchons-les, arrêtons une bonne fois pour toute de donner un brin de valeur méritocratique, républicaine et éducative au sport. Et achetez mes livres. Tas de cons.
Aujourd’hui, détendons-nous et essayons de commenter calmement ce qui devait rester sur le papier toilette de Valeurs Actuelles et qui a été publié dans Le Figaro sous le nom de Luc Ferry.
C’est parti.
Luc Ferry : « Roland-Garros, Wimbledon, Le Mans, Euro, Vélo, JO… Ouf, le calvaire touche à sa fin ! Fermées les dévastatrices « fans zones », finie l’omniprésence des supporteurs avinés, braillards au chauvinisme virulent, les interviews interminables de sportifs qui sont « contents d’avoir gagné mais qui espèrent faire mieux la prochaine fois » et qui nous bassinent avec cette fichue « pression » dont ils doivent, paraît-il, se libérer. »
The Spooner : Alors Roland-Garros, Wimbledon et le Vélo (j’imagine que c’est le Tour de France) sont là tous les ans, je veux bien comprendre que l’enchaînement est douloureux mais c’est faire du tort à tous les autres sports qui sont aussi présents mais dont Luc ne parle pas. En revanche, il met au même niveau Le Mans et l’Euro, je trouve cela plutôt cocasse et encore une fois déconnecté de toute réalité. Rappelons pour la petite histoire que le papa de Luc est un inventeur automobile (oui…) et donc Le Mans doit lui en toucher une qui ne fait pas bouger l’autre de beaucoup de monde. Lorsqu’il évoque les fan zones dévastatrices, je cherche à comprendre, je ne vois que celle du Champ de Mars qui a abîmé la pelouse pour les pique-niques en blanc de sa catégorie sociale. Bon les supporteUrs (« u » validé par l’Académie française) avinés, ok, en revanche, leurs passages dans les médias aux côtés de sportifs au discours aseptisé et répétitif, mon vieux Luc, retourne-toi discrètement vers tes employeurs de journalistes qui diffusent tout et qui ont toujours les mêmes questions mièvres à poser ou les mêmes angles parce qu’ils ont ce point commun avec toi : ils ne supportent pas de travailler sérieusement. Pareil pour la pression, ce n’est pas avec tes multiples salaires fictifs et ta mèche que tu la connais. Pour le « paraît-il », je m’attarde un peu : cela traduit tout de même un grand manquement de ta part, es-tu en train de sous-entendre que d’une, tu accordes une importance à ces bruits qui courent, à ces chuchotements de traître, à ces rumeurs d’un groupe de personne, toi qui réfléchis pourtant si bien par toi-même la société et ses maux ? Et de deux, tu n’aurais donc pas vérifié ce fait pour mettre un semblant de distance, pour t’épargner une éventuelle erreur ?
LF : « Pour ceux qui aiment écouter les nouvelles sans être assourdis par les hurlements de commentateurs sportifs qui croient indispensable de monter les décibels jusqu’à la rupture dès que leur idole approche du but, bref, pour qui pense à autre chose qu’à transpirer en « survêt » ou contempler dans son fauteuil ceux qui le font pour nous, le supplice est terminé. »
TS : Relisez très attentivement « Pour ceux qui aiment écouter les nouvelles sans être assourdis par les hurlements de commentateurs sportifs », soufflez, prenez votre temps et mettez-vous dans la situation de celui qui aime écouter les nouvelles (les informations, les journaux, etc.). Entre ici cher Luc Ferry, toi qui aimes écouter les nouvelles, toi qui aimes écouter tranquillement les bombes tomber en Syrie, les enfants se noyer, les pauvres se plaindre, les malades soupirer et Nicolas Sarkozy éructer. Oui cela doit être beau. Oui tel un final de symphonie, sens bien la fébrilité de ces populations monter doucement et exploser dans un son de chaos général, d’horreur absolue et de cris de souffrance. Ne pardonne pas à ceux qui préfèrent la frivolité du sport, ces émotions simples de connards avinés, ces tensions, cette vie commune autour d’un sport, d’un maillot, d’un but, d’un exploit. Oui ne pardonne pas aux autres, toi le politique qui as la responsabilité de l’absence de bonnes nouvelles aux informations, toi, incapable de produire le moindre effet positif dans la société à la suite de tes effets de manche, plains-les et blâme le sport d’être un exutoire mais sache que cet exutoire est la dernière barrière qui fait que vous les politiques, êtes encore vivants et non pendus haut et court. Sache-le que lorsque le sport aura atteint le même niveau de corruption, d’inefficacité et de viol intellectuel, sache que la plèbe sera sur votre dos.
LF : « Bien entendu, la folie du sport reprendra au printemps, mais l’hiver est en général plus calme, ce qui laisse espérer un peu de répit. On me dit que le sport est un modèle moral pour notre jeunesse, une véritable boussole en matière d’éthique. Ben voyons ! À ceux qui coupent dans ces comptines à l’eau de rose, je conseille le livre de Robert Redeker, L’Emprise sportive (chez François Bourin). »
TS : Oui l’hiver n’est pas propice à la Formule 1, au tennis, au golf et au polo qui préfèrent la chaleur des premiers rayons printaniers pour quitter les stations de sport d’hiver et les terrasses de Megève. Je m’attarde sur le « on me dit » et renvoie sur l’explication du « paraît-il ». D’où cela vient, on ne sait pas, qui le dit, quand, comment, le contexte, Luc s’en tape bien. L’important est de donner un peu d’élan à son bouclier Robert Redeker dont voici une bio non exhaustive à savourer. Une plume tellement infecte que Le Figaro a dû s’excuser publiquement. A n’en pas douter, une référence de choix pour Luc qui publie sa daube dans Le Figaro, j’imagine que le directeur de la rédaction est ravi.
LF : « On y lit par exemple ceci, qui tranche agréablement avec le bêlement universel qu’on nous inflige depuis des mois dans des médias tétanisés d’angoisse à l’idée de voir baisser l’audimat : « Désormais, des mercenaires immatures et cupides tapant dans un ballon sont élus au rang de divinités quand les véritables créateurs de civilisation – poètes, penseurs, peintres, sculpteurs, savants – sont rejetés dans l’ombre. »
TS : Je vois une chose : par l’intermédiaire de Redeker, Luc Ferry dit qu’on ne parle pas assez de Luc Ferry et ce, à cause des abrutis de sportifs. Solution possible : les abrutis de sportifs sont quand même, malgré leur crétinisme alpin, plus intéressants que Luc Ferry. Soit Luc Ferry est encore en dessous de ces connards, mais Luc Ferry ne le sait pas, car Luc Ferry est dupe de lui-même. Et sachez Luc Ferry que si les médias n’étaient pas tétanisés, vous ne seriez pas dans la vie publique sous quelque forme que ce soit. Essayez sans doute d’élever un peu le niveau de l’élite dont vous êtes, plutôt que de vous occuper de domaines d’expertise qui vous échappent, au nombre de deux selon cette citation : le sport et tout ce qui concerne les « véritables créateurs de civilisation ».
LF : « Voilà, c’est dit, et ça fait du bien. »
TS : Traduisons-le : « J’ai roté bien fort ».
LF : « Reste à comprendre la nature exacte de l’enthousiasme que suscitent les retransmissions d’événements sportifs. La Coupe du monde de football et l’Euro sont des moments de communion quasi religieux, au sens étymologique du terme : ils relient entre eux des centaines de millions de spectateurs de toutes nationalités, de toutes conditions sociales. Par-delà les frontières et la diversité des langues, c’est presque un sixième de l’humanité qui se retrouve à hurler de joie ou de dépit derrière des centaines de millions de postes de télévision à cause d’un coup franc ou d’un penalty manqué. »
TS : Non à cause d’émotions que seul le sport, et c’est sans doute regrettable mais regarde bien la poutre dans ton œil, peut donner à un niveau universel. Si un ministre de la Jeunesse savait faire partager Victor Hugo autrement qu’avec Josée Dayan, ce serait très bien aussi. Ce qu’il y a de génial dans cet extrait, c’est que le gars dit justement publiquement qu’un milliard de personnes sont des cons. Juste cela. Le gars n’est pourtant pas misanthrope, il est professeur, philosophe et ancien ministre de quoi ? de la jeunesse. Je trouve cela merveilleux. Et le gars est payé en partie sur les deniers publics, par la population, et le type tranquillement est juste en train d’insulter les gens qui le paient.
LF : « Mais il y a plus. Le sport ressuscite une vision du monde qu’on croyait définitivement morte et enterrée, une part de l’héritage aristocratique qu’on pensait disparue de l’univers démocratique de l’égalité. Il suffit de fréquenter un club de sport, de voir les parents encourager frénétiquement leurs enfants autour d’un court de tennis, pour mesurer combien la dimension aristocratique des jeux du stade reste encore présente. »
TS : Quel est le putain de rapport entre l’héritage aristocratique et les parents qui sont obligés d’assister à un cours de tennis niveau balle orange au lieu de lire un bouquin tranquilles dans leur canapé. Quel est le putain de rapport entre une activité sportive d’un gamin de CE2 et la « dimension aristocratique des jeux du stade » ? Quel est le putain de rapport entre un cours de sport avec des enfants et la contradiction avec l’univers démocratique d’égalité ? Rappelons un peu d’histoire, les Jeux du stade sont plutôt grecs et renvoient aux premiers jeux olympiques dans justement cette belle république athénienne. Lorsqu’on parle d’applaudissements frénétiques, je pense que Luc Ferry veut nous rappeler les hystéries de stade qui conduisent à la mort, dans ce cas, nous ne parlons pas des jeux du stade mais des jeux du cirque, plutôt un monopole romain du coup, dont l’horreur est bien connue grâce à la littérature de recherche que peut représenter Astérix, assez peu accessible au commun des abrutis qui aiment le sport.
LF : « Du reste, qu’est-ce qu’une compétition, sinon l’organisation d’un espace d’inégalité au sein de l’univers égalitaire ? L’un des ressorts les plus fondamentaux du plaisir, voire de l’enthousiasme qui s’empare des spectateurs à la vue des grands champions est directement lié à ce retour d’un univers parfaitement hiérarchique au sein de la sacro-sainte égalité démocratique. Les règles du jeu sont les mêmes pour tous, le matériel aussi, et rien ne choque davantage que le dopage et « la triche » qui viennent rompre ce principe d’identité. Mais les talents, eux, sont tout sauf égaux et, dans le sport comme nulle part ailleurs, la chose est objectivement mesurable. »
TS : On avance dans la malhonnêteté intellectuelle, doucement mais bien. Bon admettons, le type est allé fumer une clope ou a répondu à une de ses multiples sollicitations tellement il est brillant et il passe des parents d’enfants qui n’ont rien demandé à personne et surtout pas à être autour d’un court de tennis un samedi après-midi mais passons. Est-ce qu’un univers hiérarchique est anti-démocratique ? Anti-égalitaire ? Ah. M. Ferry serait donc un adepte de la suppression de la hiérarchie, des organigrammes, des distinctions ? Pourquoi se mettre en avant et courir derrière autant de titres, de glorioles médiatiques ? Pourquoi ne pas refuser vos nominations arguant que c’est anti-démocratique, contre le principe d’égalité ? Qu’est-ce que le sport n’a pas dans sa légitimité que M. Ferry trouve bien dans son monde à lui ? Quelle est la différence exacte pour qu’on accepte des patrons et des chefs et des ministres et des professeurs à des pseudo-sachants ALORS MÊME que le sport base sa reconnaissance sur des performances mesurables, c’est lui-même qui le dit. Objectivement. Et comment dire sérieusement que les règles du jeu sont les mêmes pour tous alors qu’on reconnaît dans la phrase suivante le phénomène de « triche ». Si certains trichent, c’est bien qu’ils considèrent que les règles des autres ne les concernent pas eux. Et que dire donc des nominations dans le système démocratique, quel critère objectif fait de M. Ferry un ministre ? L’avis d’un autre politique consanguin ? D’un ami ? Qu’est-ce qui fait de M. Ferry un écrivain, objectivement ? A part une connaissance d’éditeur. Demandez à la démocratie ce qu’elle pense de vous en tant que ministre ou écrivain, même en ôtant le sixième des débiles, vous verrez que personne ne veut de vous M. Ferry.
LF : « Il n’est pas de spectacle sportif réussi sans qu’en arrière-fond ne se mélangent en permanence ces deux éléments, une inégalité naturelle colossale d’un côté, une égalité formelle scrupuleuse de l’autre. L’admiration pour les sportifs est alors directement issue du fait que des transcendances liées à des dons largement innés et naturels s’élèvent sur un terreau démocratique, des transcendances, donc, qui n’ont plus rien de divin ni de cosmologique, enracinées qu’elles sont au plus profond de l’humain, et souvent, il faut bien le dire, de l’humain le plus ordinaire, le plus « normal » qui soit.
TS : « Une inégalité naturelle colossale ». Bon alors là, on a glissé un peu vite vers le racisme sans trop savoir comment on en est arrivé là. Il me manque sans doute une marche. C’est magnifique. Dans une volonté sans doute universaliste mais profondément maladroite et malhonnête, surtout en prenant le sport à la télé comme angle d’attaque de haut niveau, Luc nous emmène tranquillement vers une démonstration que le sport est l’illustration parfaite de l’inégalité entre les gens, mettant de côté tout travail, mettant donc de côté toute méritocratie, mettant de côté tout ce à quoi sert un Etat, accompagner sa jeunesse. Il y a les talentueux et les autres. Les autres, laissez tomber et contentez-vous d’aller à l’usine, en vous munissant préalablement de votre diplôme, enfin diplôme, M. Ferry se fout un peu de vous, de tourneur-fraiseur. Admirez également la petite pique à la normalité, vous savez la vanne qu’on fait à Hollande depuis des années, mais ne l’oublions pas, nous sommes dans Le Figaro et Luc Ferry a pris dans ce clin d’œil toute la dimension de la connivence avec son lectorat pour se rendre sympathique et accessible. Enfin il faut retenir ce qui donne le caractère démocratique au sport, c’est le terrain, sinon rien ne l’est et surtout pas vous.
LF : « On ne saurait y rester indifférent, et pour avoir participé moi-même à des compétitions sportives, je ne puis m’empêcher d’admirer comme tout le monde les champions qui sortent du lot. Ce qui n’interdit pas de garder la mesure, de remettre les choses à leur place. »
TS : Alors, elle tardait à venir celle-là. J’étais à me dire depuis le début : « Mais pour qui se prend-il avec ses grands airs et ses vérités sur un monde qu’il ne connaît pas ??!! » c’était bien mal connaître Luc qui a tardé mais qui l’a fait : sortir la justification « je peux critiquer le sport, parce que vous voyez, moi-même j’en ai fait il y a une cinquantaine d’années ». Tout en justifiant son petit niveau par la présence de champions aux talents innés donc c’est de la triche et ce n’est pas de ma faute si je n’avais pas fait l’ombre d’un commencement de résultat, normal en même temps, c’était anti-démocratique, moi je ne mange pas de ce pain-là.
LF : « Le sport n’est qu’un jeu pour grands enfants, les sportifs ont du talent, certes, mais point de génie, et ils n’apportent rien au progrès des civilisations. Zidane n’est pas Bach, ni Ribéry Einstein. »
TS : Ecrire cela après la mort d’Ali, c’est à désespérer des combats, des espoirs et des victoires que certains portent pendant des dizaines d’années. C’est oublier Owens, Smith ou même Nurmi. C’est chier sur les valeurs de l’olympisme qui ont eu cette prétention, avec de nombreux défauts, personne n’est parfait, de rendre accessible certaines valeurs, parfois même politiques, car on parle davantage de trêve olympique que de paix politique. Mais cela M. Ferry n’en a cure, lui qui aimerait tant être un nouveau Descartes à défaut d’être un Lamartine (poète et politique de premier rang) ou quelqu’un qui apporte la moindre chose à la société. Quant à comparer Ribéry à Einstein, c’est un tel niveau de débilité que la phrase est autant insultante pour Einstein que pour Ribéry. J’attends toujours de voir Luc apporter autant que Zinédine.
LF : « Alors cessons de décérébrer nos enfants en leur faisant croire le contraire par une inversion des valeurs au plus haut point nuisible à la formation de leur esprit. »
TS : La conclusion, l’épilogue définitif de cette diarrhée immonde. Faut-il vraiment la critiquer ? Non. Elle se suffit à elle-même pour illustrer la bêtise ambiante de cette élite auto revendiquée, cette aristocratie qui vole au quotidien autant de possibilités à d’autres d’exprimer des idées neuves voire belles.


Rendons donc hommage à Luc Ferry de nous éclairer sur l’ineptie des temps actuels et la vacuité de nos existences. A nos héros, les abrutis reconnaissants.


@TheSpoonerWay

A retrouver sur horsjeu.net : http://horsjeu.net/hors-sujet/commentaire-compose-dun-abruti-a-luc-ferry-comprendra-doute/

jeudi, août 25, 2016

Insomnie avec Lara Fabian

Mercredi 24 août 2016. Je me baladais sur l’avenue, le coeur ouvert à l’inconnu, j’avais envie de dire bonjour à n’importe qui. Et soudain, soudain sous cette chaleur caniculaire qui accable les Parisiens lorsque le thermomètre permet chaque jour à l’Océan Atlantique de se rapprocher un peu plus de la Capitale tout en permettant la disparition du Mans, il faut reconnaître des bienfaits au réchauffement climatique, soudain surgit d’une fenêtre une mélodie qui en ce lieu paraît irréelle (cacedédi silver mic). J’entends cette mélodie qui a 19 ans, j’entends cette mélodie dont on se moquait au lycée quand il était bon de chanter Viens voir le docteur ou d’aimer les Red Hot, j’entends cette voix céleste me déclarer une flamme qui ne peut qu’être la cause de cette température, je bouillonne tant le diable est capable de jouer des tours inattendus en attisant nostalgie, ironie, regret et joie du moment. Tout est réuni pour créer un instant unique en parfaite harmonie avec mon esprit. Soudain dans cette rue, j’entends Lara Fabian me dire, me crier, me hurler des Je t’aime indécents.

Je t’aime, sorti en 1997, est le deuxième single du premier vrai album sorti en France par Lara Fabian, après Tout. Elle a certes connu des frémissements de début de carrière au Canada mais on s’en fout. Les paroles de cette chanson à laquelle il a été impossible d’échapper pendant plusieurs mois en France lorsqu’on vivait en dehors de sa cave reviennent très vite. Ces paroles, elles sont en moi comme des milliers d’autres et rien n’y fera, je m’en souviendrai, je m’en souviens, et je me mets à fredonner cette chanson. Ce faisant, je glisse dans la moiteur ambiante de la journée, exacerbée par des paroles rappelant des ébats tout aussi tropicaux et je me souviens de Tout. Tout. Tout. Ce titre terrible, ce début de refrain répétitif. Je me mets à chanter du Lara Fabian dans la rue. Je fais fi des regards et seul mon haut sentiment de pudeur républicaine m’empêche de me mettre à crier au milieu de la rue les cris déchirants de cette jeune femme aux abois sentimentaux.

Lara Fabian, c’est un mélange de ce que la fin des années 90 faisait de vraiment pas mal pour le grand public : une savante combinaison de Kate Winslet et d’Emmanuelle Devos, ce regard qui peut être autant bovin que méprisant, autant séducteur que moqueur avec un maquillage à la Natalie Imbruglia, des vocalises basses à la Tina Arena jusqu’aux cris à la Céline Dion, le tout adoubé par la marraine de toutes à savoir Maurane avec un brin de charme méditerranéen à la Laura Pasolini. Oui cela ratisse large, mais cela fonctionne. Un côté aussi excitant qu’exaspérant car ce n’est pas un canon de beauté telle que les magazines l’affichent dans les défilés. En revanche, c’est une beauté proche, sensuelle, vivante, fragile, une femme enfant comme l’imaginaire collectif est capable de rêver et dont elle joue merveilleusement.

Elle ne vient pas de nulle part non plus. Après un parcours certes tortueux, il faut lui reconnaître le talent d’avoir su utiliser comme un tremplin le concours de l’Eurovision, et s’il vous plaît, sans doute l’un des plus relevés de l’histoire, l’Eurovision à Dublin 1988 avec Céline Dion comme gagnante pour la Suisse, Lara Fabian, 4e pour le Luxembourg et Gérard Lenorman pour la France, sympathique 10e avec son titre Chanteur de charme interprété contre toute raison symphonique : https://www.youtube.com/watch?v=AjL6cE9BYk8


Revenons à ces deux chansons, ces deux premières chansons qui l’ont fait connaître en France et les deux seules que je connaisse. Deux chansons sur la rupture amoureuse dans lesquelles les manifestations de l’amour et des sentiments les plus forts sont terriblement présentes. Deux chansons qui mettent parfaitement en valeur ce magnifique organe, deux chansons un peu jumelles, un peu consanguines, un peu incestueuses :

- La répétition du « nous » dans Tout et « D’accord » dans Je t’aime dans le début des vers, Lara s’en sert comme accroche, comme filet, comme une petite décharge pour dire à son interlocuteur, son auditeur, qu’elle développe une idée cohérente, qu’elle n’a pas fini, qu’elle n’a pas épuisé le sujet, qu’elle veut avoir le dernier mot, qu’elle a compris, qu’elle a réfléchi, qu’elle a pris de la distance, qu’elle peut t’en faire voir maintenant ;

- La multiplicité des Lara dans les miroirs pour Tout et les clones de Lara qui sortent de la voiture dans Je t’aime pour nous montrer les multiplicités d’une même identité, la sienne, femme qui n’est pas celle qu’on croit, plus complexe, elle n’est pas uniquement la copine ou la femme de. Elle est toutes ces femmes qu’elle voudrait montrer en une seule et unique personne mais qu’elle a préféré effacer au risque de disparaître un peu elle-même d’où cette revanche dans la rupture ;

- La notion d’un couple fusionnel, d’une cellule en dehors de laquelle le monde n’existe plus. Elle-même sans être elle-même, elle est fondue, dissolue dans un couple qui la satisfait le temps des premiers mois mais qui représente un danger pour son moi profond. Le couple fusionnel n’est pas un gage de réussite à long terme car à vouloir créer une identité de deux identités dans un couple, on supprime les êtres qui ont fait qu’ils se sont aimés ;

- Une couleur d’ambiance, le doré dans Tout et le vert dans Je t’aime. Une chanson, c’est une ambiance, c’est une unité. Comme la règle des trois unités du théâtre classique, celle du ton, de la couleur pourrait en constituer une pour ces deux titres. Lara Fabian est dans un rôle, dans une pièce, dans une vie pour chacun de ses titres.

Et Lara Fabian, c’est aussi son physique, celui avec lequel elle a du mal depuis son recalage de l’école de danse. Mais elle a ses choses qui vous touchent, qui vous interpellent : regard troublant direct ou par dessous, des sourcils qui se lèvent pour interroger, des paupières qui s’abaissent dans une pose lascive et s’écartent au moindre bond de la voix, des lèvres légèrement humides et tremblantes et cette gorge profonde dont les cris ne suffisent pas à la voir entièrement, cette bouche qui part sur un côté pour signifier l’ironie de l’histoire, le symbole de la distance prise et de celle qui est revenue plus forte de ses déchirures.

Parfois sur certaines chansons, le playback lui fait exagérer certains rictus qui desservent sa beauté grecque, épaules droites, long cou et menton finement dessiné, pour en faire une vulgaire chanteuse de cabaret qui croit devoir inscrire les paroles de ses chansons sur les traits de son visage. Mais parfois, on touche au sublime de la chanson française lorsque deux grandes voix, deux habités par le chant, le son, l’acte véritable du don de son talent à un public pantois pendant 4 minutes. Ce titre que Lara interprète magnifiquement est le Requiem pour un fou lors de la tournée des Enfoirés 1998, admirez : https://www.youtube.com/watch?v=4v3LE9l1pwc .

Mais l’espoir reste dans ces deux titres « Je garde l’espoir fou qu’un jour on redira nous » et « Je t’aime comme un loup, comme un roi comme un homme que je ne suis pas, tu vois je t’aime comme ça » en sont les dernières phrases. Celles qui expliquent, celles qui accusent, celles qui expient, comme celles qui pardonnent autant que celles qui posent la question définitive : « Et toi ? » Magnifiques épilogues d’une histoire qui n’a de secret pour personne. Jusqu’à cette interprétation de Je suis malade : https://www.youtube.com/watch?v=bIIL5p7_WKk&index=8&list=RDwFOaknIw2y4

Pantomime. Merci Lara pour ces quelques secondes cet après-midi.



@TheSpoonerWay







PS: Vous ne savez pas ce que j'ai du écouter pour essayer d'être crédible.


lundi, août 08, 2016

Une pensée pour Roger

Cela fait maintenant une quinzaine d’années que je pense à Roger début août, plus précisément entre le 6 et le 8 août. Depuis qu’il est né, depuis qu’il est numéro un mondial, depuis qu’il a battu tous les records que le tennis a connu, il y a une chose qui n’a jamais changé pour Roger Federer : il me doit le respect, le respect qu’un plus jeune doit à son ainé. C’est d’autant plus vrai lorsque l’écart n’est que de quelques jours. Moi le 6, lui le 8. Viendra dans quelques jours la même chose pour Djibril Cissé, je penserai à lui, et lui, non mais c’est un autre sujet. Cette année plus que les autres, je pense à Bafétimbi Gomis, né aussi un 6 août, mais 4 ans plus tard, je pense à lui parce qu’il a rejoint mon club et j’espère qu’il enflammera le Vélodrome qui le mérite tant.

L’anniversaire n’a jamais constitué une date importante pour moi. Si c’est le seul moment de l’année où les gens pensent à toi, cela peut devenir vraiment une sale journée. Oui oui on est toujours un peu déçu lorsque certains n’y pensent pas, mais bon. Sachant que ma date d’anniversaire impose l’humilité, même pour l’immortel que je suis : fête nationale de la Jamaïque, fête nationale de la Bolivie, naissance d’Andy Warhol et plein de personnes illustres et plus intelligentes que lui, et... et Hiroshima. Hi-ro-shi-ma. Ce qui fait de cette date aussi bien un des moments les plus horribles de l’histoire, mais aussi l’espoir de la fin d’une guerre. Personne ne se rend bien compte de la pression d’être né une telle date. Ah vous me faîtes marrer, non vous me mettez hors de moi : « ah je suis né comme machin, truc est mort ce jour là, ah tiens c’est la journée du patchwork et de la peinture sur porcelaine ». Ayez la décence de ne pas la ramener à vous quand d’autres portent sur leur acte de naissance une partie non négligeable de l’histoire mondiale et ce bien au-delà de ma simple personne, qui pourtant devrait satisfaire bien au-delà de mon cercle d’amis, c’est un autre sujet.


Quand tout le monde profite de ses vacances à cette période et se plaint à longueur de temps de ses petits coups de soleil, d’autres font le boulot et essaie de conserver dans cette folie environnante le sens des priorités et le poids de l’histoire. Ah oui c’est beau de se dorer en plein soleil, vous vous rendez compte ce que cela a d’inconvenant d’attraper des coups de soleil un jour comme le 6 août ? Je me désole de votre légèreté, je hais votre dilettantisme qui fait que vous ne pensez pas assez à Roger entre le 6 et le 8 août.

jeudi, août 04, 2016

Le coup de la panne solitaire

Qu’il est bon cet air apaisé qui signale le week-end approchant dans un milieu d’été terne où le soleil joue un peu trop avec notre impatience d’enfant de voir juillet et août inondés de soleil dans ce trou qui manque tellement de verdure. Le mois d’août possède tellement de réjouissances pourtant, des quasi vacances, on s’asseoit dans le métro, il y a de la place dans les bars, on ne fait pas la queue au théâtre ou au cinéma. Pour ce dernier la qualité des sorties y est pour beaucoup, entre Tarzan, Le Bon gros géant, Suicide squad, Bad Moms, Hibou et autres Insaisissables 2, mon cœur balance entre le désespoir et le dégoût. D’ailleurs en ce vendredi 29 juillet 2016, c’est du Sautet que je réclame, c’est Vincent, François, Paul et les autres. Ce sont ces moments entre amis loin des contingences professionnelles qui m’appellent dès la porte du bureau fermée. Et vous imaginez bien qu’il est important de partir tôt avant le Léviathan de la circulation en France : le chassé-croisé entre pauvres juilletistes et nobles aoûtiens. La fracture sociale existe bien dans les dates de vacances et rien n’a changé depuis ces pourtant lointaines années 60. Qui veut pensera que c’est peut-être la dernière chose qu’il nous reste du gaullisme.

Le cœur léger et forcément le pied un peu lourd, je prends ce chemin d’un week-end bien mérité, sans autre bruit attendu que le ressac de la Manche. C’est en Normandie que je vais rejoindre ma dulcinée qui elle est présente sur les lieux depuis une semaine. Les acquis sociaux ne sont pas les mêmes pour tous et j’envie ses jours supplémentaires de vacances que je n’ai pas. Je pense à ces falaises du pays cauchois, ces embruns et le bruit systématique, mécanique, cadencé d’une mer calme et apaisante. Heureux qui comme Ulysse peut en plus écouter seul dans sa voiture la première journée de la Domino’s Ligue 2. Pensez. Pensez bien. Pensez fort. Le vendredi soir qui se passe bien est peut-être le meilleur moment du week-end : on a quitté le travail, on a encore le cœur léger, on a l’esprit vif et l’ambition folle d’un programme libre à écrire pour les deux jours entiers à venir. Le vendredi soir, vous avez deux jours entiers devant vous, c’est le moment où vous avez le plus de repos. Les heures suivantes jusqu’au lundi ne sont qu’une lente déliquescence entre le début de semaine qui se rapproche et ce fameux programme trop chargé qui va vous laisser un goût d’inachevé voire des regrets car il aura fallu choisir, il aura fallu concéder, il aura fallu abandonner. Et c’est dans cette béatitude que chemin faisant, je me réjouis de tout, à commencer par l’absence de circulation sur l’autoroute A 13. Plus je m’approchais, plus je m’apaisais. Et c’est avec une délivrance teinte de satisfaction du devoir accompli que j’ai pris cette bretelle de sortie pour atteindre le petit péage de Bourg-Achard. Cela a duré 20 mètres. Le moteur de la voiture s’est arrêté. J’étais encore à 100km/h. Dans une côte. Dans un virage. Mais le moteur coupé. Dans ces moments, le réflexe est toujours aussi bienvenu que le calme. J’ai donc posément profité de mon élan pour amener la voiture au niveau de la barrière du péage, je freine, je mets le frein à main, je souffle, vérifie qu’aucune voiture ne me suit de trop près. Il n’y avait aucune voiture. J’essaie de démarrer la voiture. Plusieurs fois. Sans succès. Je suis en panne.

Ne pouvant rester indéfiniment devant cette barrière de péage, il n’y a pas beaucoup de solutions. Demander de l’aide, mais il n’y a personne, même pas dans la cahute pour payer. Je me résous donc, je le ferai seul. Je sors ma carte bancaire, l’introduit dans la borne et paie. La barrière s’ouvre mais la voiture est au point mort. Je pousse donc la voiture, elle ne veut pas bouger. J’ai oublié de débloquer le frein à main. Heureusement, une fois débloqué, je peux la pousser sous la barrière. Mais la route est légèrement en pente et ce n’est pas ma force qui fait qu’elle accélère un peu plus vite que prévu et en la poussant, je ne suis pas à l’intérieur pour freiner. Enfin je me suis pris une fois pour Belmondo dans un film de Lautner et j’ai fait moi-même la cascade de sauter dans la voiture en marche pour l’arrêter sur le bas-côté après le péage. Consciencieux, je sors le mode d’emploi de la voiture pour comprendre le sens des nouvelles petites lumières allumées sur le tableau de bord avec cette conclusion sans appel : « appeler au plus vite un technicien ». J’appelle pour prévenir de mon retard indéterminé, j’appelle l’assistance. Alors, j’avais pourtant passé le péage mais j’étais toujours sur l’emprise de l’autoroute, il faut contacter la gendarmerie qui me met en contact avec la société d’autoroute qui appelle le dépanneur autorisé après m’avoir conseillé de rester en dehors du véhicule car on ne sait jamais. Commence une attente au bord de la route avec moi comme objet de curiosité pour les véhicules qui passent devant. J’imagine leurs commentaires moqueurs d’un début de vacances pourri, de la malchance mécanique qui se joue des premiers moments de liberté si chèrement payés par une année de dur labeur. Heureusement 20 minutes plus tard, une dépanneuse arrive. Le dépanneur regarde, écoute le moteur, tape à droite et à gauche pour espérer une résurrection inespérée de la voiture. Logiquement et résigné, je monte dans la cabine du camion où un monsieur d’un certain âge me salue, lui aussi en panne « d’une voiture neuve d’à peine 5 000 km, encore sous garantie donc ». Appels à l’assurance, appels à ma compagne, je suis conduit au dépôt à quelques kilomètres où j’apprends qu’un taxi doit venir dans la soirée. Bilan de la panne : « sans doute la pompe à essence noyée », sans commentaire de ma part, on aurait pu me dire n’importe quoi, j’aurais signé. Les papiers expédiés, la marche à suivre annoncée, un taxi arrive. Je m’avance pour mettre mes bagages dans son coffre mais il m’indique que ce n’est pas moi son paquet mais l’autre monsieur. Je m’inquiète et décide de ne pas laisser passer cette chance. J’appelle l’assurance qui s’arrange avec le taxi, l’autre monsieur va dans la même direction que moi pour prendre une voiture de courtoisie. Naïf, je demande si je n’ai pas le même droit, ce serait plus simple. Non. Je dois finir le voyage en taxi mais deux choix s’offrent à moi : soit je continue jusqu’à mon lieu d’arrivée, soit je rentre à Paris. Je décide de continuer et de profiter du week-end au bord de la mer, j’ai deux jours pour trouver une solution.

Commence le pire moment du voyage : être obligé de se retrouver dans une même voiture avec deux inconnus pour 90 minutes de trajet. Je me mets à l’arrière pour me soustraire à l’obligation de tenir compagnie au chauffeur et intervenir quand bon me semble. Bien m’en a pris. On partage nos expériences d’anciens combattants de poisseux de l’autoroute, on parle du temps, de la circulation et du chassé-croisé du lendemain où les dépanneurs et les taxis auront beaucoup de travail. Ce vendredi soir, c’est l’échauffement. Sur le chemin, le monsieur doit contacter le loueur pour le prévenir de son arrivée, il a noté le mauvais numéro. Je le sauve en cherchant sur internet le bon numéro, il me remercie chaleureusement. On finit par déposer le monsieur qui repart avec une voiture. On démarre mais je dois indiquer la route au taxi qui n’est jamais venu dans ce coin de sa vie. Ce coin est à 50 km de chez lui, mais peu importe. Saint-Etienne-du-Rouvray est évoqué car le chauffeur est passé dans le centre-ville pendant la prise d’otages en pensant « ah ce bordel, c’est encore une grève et une manifestation de la SNCF ».  Je lui parle du Bataclan, mal m’en prend. Le discours du chauffeur est difficile à entendre un vendredi soir détendu de week-end à la mer. Tout y passe, y compris certaines positions un peu extrêmes, même s’il m’avoue avoir un client de longue date avec qui il s’est disputé à ce sujet après Charlie : « vous voyez, il a un enfant handicapé et je le conduis régulièrement à ses soins. Il est très gentil, bien éduqué, on s’entendait bien mais quand il m’a dit que c’était bien fait pour Charlie parce qu’on ne rigole avec Mahomet, j’ai vu un peu rouge et je lui ai dit. En plus, dans le coin il y a plein de salafistes, un bourreau français de Daesh vient de chez nous, on ne comprend pas. » Bon j’avais hâte d’arriver. Enfin, il dépose, heureusement je n’ai pas à payer. C’était mon voyage gratuit compris dans l’assistance. Je suis arrivé finalement à minuit sans connaître les résultats de la première journée de la Domino’s Ligue 2. J’ai pu profiter du week-end, je suis rentré avec une voiture prêtée. Aujourd’hui, jeudi 4 août, je suis allé chercher ma voiture dans l’Eure pour un montant de 467 euros et 10 centimes. Samedi, c’est mon anniversaire, je me suis payé une pompe à essence.